Aline Wiest

J’ai le souci constant d’explorer la couleur, la nature en est le chemin.
La nature est source de formes et d’harmonies, florilège d’espace, mouvement, lumière, ordre et désordre.
Je la regarde, je la scrute, je la cherche, je lui vole des formes. C’est une énigme, source inépuisable.
Elle a toujours été le creuset de mon inspiration et de ma réflexion de peintre. Dans mes ballades, mes voyages, m’accompagnent toujours mes « carnets de route » sur lesquels j’inscris en peinture l’émotion des paysages découverts.
A l’atelier ils sont fermés; mais ils traversent et nourrissent mon travail.
Aline Wiest



Aline Wiest peint avec une énergie qui la conduit au végétal. A moins que ce ne soit le végétal qui lui transmette cette force inépuisable. Mais ce qu’elle peint importe peu, et ici s’impose un parallèle avec ce que Joan Mitchell disait de son propre travail : « je suis très influencée par ce que je vois dehors, la lumière, les champs... Dans mes tableaux, il y a les arbres, l‘eau, les herbes, les fleurs, les tournesols, etc. Mais pas directement.../...c’est plutôt le sentiment que j’ai pour ces choses »1.

Aline Wiest nous mène, tout au long d’une marche obstinée, vers ce qu’elle veut qu’on observe de plus près encore que ne le fait Joan Mitchell. Alors, un peu comme Morandi nous livrerait son « sentiment » des objets, un fragment de nature peint par Aline Wiest nous offre — et nous incite a partager — son « sentiment » de la nature. Ce fragment, par un élan communicatif, elle nous donnerait presque envie de le peindre, a notre tour. Mais céder a cette tentation reviendrait a oublier toute l’habileté qu’elle déploie a le faire, et nous renverrait a notre gaucherie...

Sam Francis disait « la couleur est pour moi la vraie substance, le point de départ que ne sert ni le dessin, ni la forme »2.

C’est ainsi que les formes d’Aline Wiest naissent du pictural, et s’imposent comme une évidence. La réside un vrai tour de force : c’est donc la couleur qui est le véritable sujet de sa peinture, la voie qui détermine ses formes, et qui lui permet de mettre a distance toute connotation illustrative. « Ma peinture est abstraite, mais c’est aussi un paysage, sans être une illustration »3 énonçait encore Joan Mitchell. Abstraction, figuration? Qu’importe, le débat est clos depuis longtemps.

Plans rapprochés, regard rabattu, le cadrage est « serré » et nous révèle ainsi une essence des choses, plutôt que les choses elles-mêmes.

Philippe Jacquard
peintre

1. Catalogue « La part des femmes dans l’art contemporain », Centre d'Animation Culturelle de Vitry-sur-Seine, 1984.
2. Cité par J. L. Chalumeau, Eigthy n° 23, mai/juin 1988.
3. Opus cité supra note 1.